Adapter sa pratique aux enfants en situation handicap

Une École vraiment pour tous 🤗

LES PROFS QUI FONT BOUGER L’ÉCOLE

Maxime Benchecroun

Maxime Benchecroun est enseignant spécialisé en unité d'enseignement externalisé. Il intervient auprès de jeunes élèves de l’Institut des jeunes sourds de Clermont-Ferrand. Pour favoriser leur inclusion, la classe est implantée dans une école afin de multiplier les interactions.

Peux-tu nous présenter ta méthode pédagogique ?

Je vais répondre en deux parties, il y a ce que je fais moi dans ma classe particulière et ce que l’on peut faire dans une classe classique.

Dans mon unité j’ai des enfants du du CP au CM2, donc forcément, ils n’ont pas le même niveau d’apprentissage. L’autre spécificité, la difficulté en plus, c’est qu’il y a la surdité, parfois avec un handicap associé. Donc par essence, il n’apprennent pas au même rythme.

Dans ma classe, il y n'y a que 8 élèves (avec 2 adultes : un éducateur ou AESH). On peut donc essayer d’individualiser mais même dans ce cas là, où il y a très peu d'élèves, l’individualisation c’est un modèle hyper chronophage pour l'enseignant, qui risque de le mettre en situation de burnout. Individualiser ça veut dire préparer 8 classes différentes chaque jour.

Alors on fait pour que ça puisse être viable ?

  • La première Ă©tape, c’est de bien connaĂ®tre ses Ă©lèves : comprendre leurs besoins, leurs difficultĂ©s et leur niveau scolaire rĂ©el. Par exemple, un Ă©lève de CM2 et un Ă©lève de CP peuvent tous les deux ne pas savoir lire. En mathĂ©matiques, leur besoin est alors le mĂŞme : ils ne peuvent pas ĂŞtre confrontĂ©s Ă  une consigne Ă©crite.

  • Il faut donc d’abord regrouper les Ă©lèves selon leurs besoins, indĂ©pendamment de leur niveau de classe, puis construire des apprentissages qui suivent une mĂŞme logique pour tous, mais qui soient diffĂ©renciĂ©s pour chacun. Par exemple, en calcul, je propose la mĂŞme activitĂ© Ă  tous, mais j'affiche 10 calculs rĂ©partis en trois colonnes : chaque Ă©lève choisit Ă  son niveau, tout en travaillant dans la mĂŞme dynamique. En lecture, c’est pareil : relier une image Ă  un Ă©crit peut se dĂ©cliner en mots simples, phrases courtes, ou textes selon le niveau de chacun. La clĂ©, je le rĂ©pète, c’est la connaissance fine de ses Ă©lèves.

  • Il faut aussi accepter que des Ă©lèves de niveaux scolaires diffĂ©rents peuvent avoir des compĂ©tences similaires. Et surtout, leur laisser du temps !

  • C’est une richesse de mon unitĂ© : je suis avec eux sur toute leur scolaritĂ© primaire. Peut-ĂŞtre que c’est ce qui manque dans les classes ordinaires.

Si ’en viens à ma deuxième partie de réponse, c’est vrai que c’est beaucoup plus difficile dans des classes ordinaires. Deux grandes limites se posent : le cadre des programmes, qui impose un rythme rapide, et le nombre d'élèves.

Mais certaines modalités d’apprentissage fonctionnent très bien, comme la pédagogie des ceintures. C’est un excellent modèle qui permet aux élèves de s’entraîner en autonomie et à leur propre rythme. Ce serait encore plus efficace si on pensait les ceintures sur tout un cycle, sans être contraint par des niveaux de classe, qui restent des constructions assez artificielles.

Est-ce transférable à n’importe quelle classe ? Dans quelles conditions et dans quelles mesures ?

Ces pratiques commencent à se diffuser, mais ce qui manque vraiment, c’est un travail d'équipe à l’échelle du cycle.

Ce serait l’une des clés pour permettre aux élèves d’apprendre à leur rythme.

Idéalement, ce fonctionnement devrait être institutionnalisé : lorsqu’un enseignant arrive dans une école, il adhère à une organisation pensée autour des besoins des élèves.
Par exemple, pendant les temps de ceintures en étude de la langue, tous les CE1 et CM2 qui ne savent pas encore lire seraient regroupés et accompagnés par un enseignant, indépendamment de leur classe d’origine.
Cependant, la stabilité des équipes est souvent un frein à ce travail sur le long terme. Il faut aussi changer de mentalité : accepter que "les élèves avancent à leur rythme, et ce n’est pas grave." Il est important de sortir du mythe selon lequel "tout le monde apprend en même temps". Et il ne faut pas oublier non plus les élèves qui s’ennuient parce qu'ils pourraient aller plus vite. On pense souvent plus à ceux qui sont en difficulté qu’à ceux qui stagnent par manque de stimulation.

Le numérique est également un excellent levier pour favoriser l’apprentissage autonome. Les écrans peuvent devenir de véritables outils de différenciation, en permettant à chaque élève de progresser à son rythme. Cela pose cependant la question essentielle de l’équipement numérique des classes.

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